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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 19:03

 

Je suis donc entré dans une grande salle pleine de brancards, de matériel de surveillance, de personnels en combinaisons bleues. Une grande ruche affairée et efficace qui contrastait heureusement avec l'improvisation catastrophique qui avait prévalu dans la demi-heure précédente. Là visiblement, comme par magie, tout le monde semblait savoir qui j'étais, pourquoi j'étais, là, ce que cela impliquait d'avoir un syndrôme post-PL. Un médecin réanimateur a commencé à me parler, à m'expliquer en détail ce qui allait se passer. On m'a fait déshabiller avec précaution compte tenu du mal de tête (8 sur 10, toujours je confirme). Tout était rapide, précis, efficace ! On me demande à plusieurs reprises : « Vous avez eu la PL hier ? Heu, non, il y a cinq jours, pourquoi ? ». Et tandis que le médecin continuait à m'interroger sur toutes les questions nécessaires à l'intervention (la prise de sang, les traitements en cours, la pathologie...) on a commencé à me transférer dans la salle de réveil proprement dite. Et là, ça m'a furieusement rappelé quand j'étais étudiant et que je regardais la série urgence, avec le patient qui arrive aux urgences sur un brancard et le médecin qui essaye tant bien que mal de suivre dans les couloirs en récoltant un maximum d'information ! Je l'ai dit à celui qui me poussait qui m'a répondu qu'il ne manquait que les caméras !

 

Une fois les portes de la salle de réveil franchies, c'est un tout nouveau contraste. Ici tout est calme, presque lent, visiblement il n'y a pas de cas critique nécessitant d'intervention urgente à ce moment. Le personnel est sérieux concentré, mes tentatives d'humour ne leur arrachent pas un sourire même s'ils prennent la peine de répondre astucieusement. Je vais attendre un bon moment avec différents personnels s'approchant régulièrement et faisant une chose ou l'autre mais vraiment avec de grandes pauses entre deux éléments. Ce qui est assez rigolo c'est que plusieurs personnes vont venir me rassurer sur le fait que bien sûr je vais retourner dans le service sur un brancard avec une ambulance, que tout est prévu ! Visiblement quelqu'un a pris conscience que quelque chose d'anormal s'était passé à l'aller ! Un interne va venir à moment pour se présenter et expliquer que c'est finalement lui qui va opérer, s'assurer qu'on m'a bien expliqué le processus et que je n'ai pas de question. Et il va se passer encore un temps assez long avant qu'ils s'y mettent réellement.

 

J'en profite pour poser une question qui me travaille : Je ne comprends pas pourquoi on m'a empêché de boire. Il n'y a pas d'anesthésie (et j'allais le regretter amèrement), pas de geste invasif mettant en cause le système digestif... Alors pourquoi m’empêcher de boire alors que boire était le seul moyen de combattre efficacement les maux de tête ? Le réanimateur que j'ai questionné était un peu embêté pour répondre mais en gros ce qu'il en ressort c'est qu'ils font ça pour toutes les procédures, c'est une sorte de réflexe inconditionné. Il m'a même avoué que c'était probablement pas justifié dans mon cas et seulement une application du principe de précaution. Il a ajouté que j'avais une perf, ce qui palliait à l'interdiction de boire. Sauf qu'il ne savait pas à quel point j'avais dû me battre pour l'avoir. Et donc leur principe de précaution, et bien il m'a fait mal ! Mal au point de nécessiter des doses importantes d'antalgiques aux effets secondaires non négligeables (tension, tachycardie, effets psychotropes). C'est pas pour dire, mais il faudrait que quelqu'un se penche un peu sérieusement sur une analyse bénéfice-risque de ce principe de précaution-là

 

La suite est un peu galère : On est dans la même position que pour une PL (ou une péridurale, en fait c'est une péridurale, sauf que c'est du sang qu'on injecte au lieu d'un anesthésiant), donc assis sur le bord du lit, sauf que pour me reposer les pieds, ils n'ont rien trouvé de mieux qu'un tabouret à roulettes. Il faut donc qu'une personne maintienne ce tabouret en place, tout en aidant de son mieux l'infirmière chargée de me prélever le sang. Car je ne sais pas pourquoi mais en réa, visiblement, contrairement aux services habituels et pour effectuer les mêmes gestes (prélèvements de sang), il faut être deux là où ils se débrouillent seul habituellement. Peut-être une question d'asepsie plus stricte en réa... C'est pareil, ils s'encombrent de chants stériles pour une simple prise de sang alors que dans les services (et chez les infirmières libérales), un bon coup de coton imbibé de solution antiseptique fait l'affaire... Visiblement en réa, tout est beaucoup plus compliqué. La position est inconfortable non seulement à cause de l'instabilité mais aussi du fait qu'effectivement je suis redressé, et donc que le mal de tête est à nouveau là, même si par chance à ce moment là il n'est pas à son maximum (à moins que ce soit qu'ils ont forcé la dose sur les antalgiques). Et puis sentir l'autre derrière vous qui trifouille avec une aiguille dans votre colonne vertébrale c'est pas rassurant, même si pour l'instant ce n'est pas plus douloureux qu'une PL, quoique un peu plus long... et puis il commence enfin à injecter. On m'avait prévenu que ce serait douloureux, très douloureux, extrêmement douloureux mais qu'il fallait injecter du sang jusqu'à ce que ce soit insupportable. Pour l'instant ça va, c'est pas la joie mais c'est supportable, je sens effectivement comme du liquide qui remonte le long de la colonne, ce dont l'interne s'enquiert. Il demande alors une troisième seringue de sang ce qui n'était pas prévu et provoque une petite panique du côté de l'infirmière chargée de la prise de sang et là je dois dire que vraiment j'ai morflé : Pas tant à l'injection que tout de suite après, quand on m'a remis sur le dos. C'était vraiment horrible, j'ai crié ! Je ne voulais pas crier mais j'ai pas pu m'en empêcher. Et puis je me suis senti mal, ce que je leur ait dit, ils ont eut peur d'ailleurs je crois, l'interne a demandé une ampoule d'atropine (je ne suis pas bien sûr, j'étais à moitié dans les vapes) mais il a suffi qu'il incline mon brancard pour que tout d'un coup je me sente mieux et il n'a pas été nécessaire de faire l'injection. Malaise vagal ils ont conclu ! Moi je dirais plutôt que face à la douleur, le corps a parfois des systèmes de sécurité, comme les disjoncteurs qui coupent le courant en cas de surintensité ou de présence d'un courant de fuite. Là c'est pareil, face à une douleur insupportable, le corps disjoncte la conscience ou une partie de celle-ci pour éviter qu'on se mette à faire des gestes regrettable dans le seul but d'essayer d’échapper à la douleur.

 

Finalement la douleur s'est atténuée rapidement pour redevenir supportable. J'ai entendu alors quelqu'un interroger l'interne sur le volume de sang qu'il avait injecté... J'ai pas vu qui c'était, ils étaient à quelques mètres du lit mais l'ambiance était redevenue si calme après mon éclat que j'ai parfaitement saisie la teneur de la conversation. Un peu plus tard j'ai demandé à l'interne s'il n'avait pas fait un peu de zèle avec la troisième seringue. Il m'a affirmé que non en disant que la procédure c'était vraiment d'injecter jusqu'à ce que je sente le liquide monter le plus haut possible. Vérification faite à froid une fois rentrée à la maison, apparemment la dose standard c'est 15 à 20 ml. Donc la troisième seringue c'était clairement pas standard. Ils ont voulu assurer le coup, mais là encore c'était au détriment de mon bien-être et de ma souffrance.

 

Je suis resté encore un bon moment en salle de réveil, le personnel venant de temps en temps s'assurer que tout allait bien. La douleur était toujours présente mais largement décroissante et supportable moyennant de rester immobile.

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Published by xstoffr - dans Sarcoïdose
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commentaires

Orane54 13/09/2013 03:55

Bonsoir,

Je me suis lancée dans la lecture complète de votre blog, je viens a peine de terminer, ayant commencé a 22h00 :)
Je n'ai pas pu m'arrêter de vous lire, ce que vous écrivez est un vrai roman, une véritable histoire où l'on veut absolument connaître la suite.
Dans un premier temps, je voulais vous dire Bravo et Merci:
Vous prenez le temps de tout raconter, je ressens cette envie de partager et cela en prenant en compte votre état de santé, de fatigue.
En plus de ça, c'est si bien écrit. Vraiment, merci.
Mon chéri a également une sarcoidose (pas une neuro sarcoidose), et en vous lisant je nous voit, je nous reconnaît, un déroulement semblable au vôtre.
J'espère que vous allez mieux,
En vous souhaitant une bonne nuit,
Cordialement.

xstoffr 13/09/2013 08:08



Merci c'est gentil


 


Faut pas oublier de dormir quand même.