Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 08:36

Le cerveau humain n’est pas conçu pour gérer les phénomènes aléatoires ou statistiques. Les probabilités et les statistiques sont d’ailleurs probablement parmi les matières scientifiques les plus contre-intuitive et les plus difficile à comprendre pour les non-spécialistes. Les êtres humains ont besoins de connaître la cause de ce qui leur arrive. Une réponse du type statistique (par exemple : vous avez une chance sur un  million de vous faire renverser en traversant une rue) ne sont pas satisfaisantes pour nous. D’une part nous n’estimons pas correctement les risques quotidiens – nous les sous-estimons en général et donc nous sommes surpris lorsqu’ils se concrétisent. D’autre part nous voulons toujours identifier une cause, un responsable : le conducteur de la voiture qui nous a renversé, une voiture mal garée qui bouchait la visibilité…

 

En fait tout cela est en fait un peu vain :

-         Car les causes sont en général multiples : le conducteur n’était pas suffisamment attentif, il roulait un peu trop vite compte tenu de la visibilité, le piéton qui était distrait, une voiture mal garée qui limitait la visibilité… Mais chaque cause a elle-même plusieurs causes, par exemple pour l’inattention du conducteur : le chauffeur n’a pas eu une formation suffisante, il a mal dormi la veille, le passage piéton n’était pas suffisamment bien signalé, ce type d’inattention n’est pas assez contrôlé et sanctionné par la police… Et l’on peut continuer comme ça à l’infini.

-         Car la vrai cause c’est que le fait de traverser une rue comporte un risque, le fait qu’il se soit matérialisé ce jour-là dans ces circonstances particulières ne change rien, la vrai cause c’est que nous avons traversé une rue ce qui est dangereux en soit. Mais on ne va pas s’arrêter de vivre pour éviter tous les dangers… La vie est dangereuse en soit, toutes sortes d’accidents aléatoires peuvent nous arriver et cela ne sert pas à grand chose de s’énerver ou se morfondre lorsque ces risques se matérialisent !

-         Car cela ne change rien aux conséquences de l’accident.

-         Car trop souvent on tombe dans le piège de la confusion entre corrélation et causalité : même lorsqu’il existe une corrélation statistique entre deux phénomènes, cela ne veut pas dire qu’il y a un lien de causalité entre les deux et ne donne pas le sens de la causalité. Par exemple, imaginons que l’on observe que les malades de la sarcoïdose ont une plus forte propension à la dépression que la population général. Il y a plusieurs possibilités :

o       la sarcoïdose est la cause de la dépression (à cause de la fatigue induite par la maladie),

o       la dépression est un facteur favorisant la sarcoïdose,

o       un troisième phénomène inconnu est la cause qui induit à la fois la sarcoïdose et la dépression…

Il sera très difficile de dire laquelle de ces trois hypothèses est la bonne.

 

Pour la maladie c’est pareil, il nous faut une cause. Les conséquences d’une maladie grave sont tellement importantes que nous éprouvons le besoin de savoir d’où vient ce phénomène qui bouleverse notre quotidien – quitte à nous fabriquer des causes fictives si nous ne pouvons trouver de causes réelles. Pour la sarcoïdose, la cause de la maladie n’étant pas connue la tendance est encore plus marquée. Anciennement des causes religieuses auraient certainement été évoquées comme lors des épidémies de l’ancien temps ou pour les personnes « possédées ». De nos jours il est bien tentant d’accuser les maux modernes : stress, pollution, malbouffe… ou de chercher dans son histoire personnelle une explication au « pourquoi moi ? ». En l’absence de connaissance plus approfondis sur les mécanismes de la maladie (dont la connaissance ne changerait d’ailleurs par le fond du problème), il est beaucoup plus rationnel de considérer que l’on est victime d’un processus aléatoire : une personne sur 10 000 (environ) a cette maladie, c’est tombé sur moi. Rechercher une cause – en dehors d’une étude scientifique reposant sur des bases statistiques solides ou des recherches biologiques approfondies -  est aussi illusoire que ceux qui cherchent à trouver un motif dans les tirages du loto pour essayer de prédire le prochain… Et pourtant il est bien difficile de ne pas succomber à cette tentation même lorsqu’on a une formation scientifique solide comme la mienne – je vous avouerai que je me suis demandé un bref moment si la sarcoïdose ne pouvait pas être lié à une désensibilisation pour une allergie aux acariens que j’ai fait il y a quelques années…

Partager cet article

Repost 0
Published by xstoffr - dans Divers
commenter cet article

commentaires